Focus sur les prises artificielles

On passe un temps fou à les maltraiter, parfois ce sont elles qui nous maltraitent, on les serre, les compresse, les écrase... Sans elles, on ferait pas grand chose dans la salle. Comment sont fabriquées les prises de la salle? Et comment les voies sont-elles faites? Un petit "C'est Pas Sorcier" sur la grimpe artificielle, ça vous dit?

 

Fabrication

Pour reproduire l'expérience du rocher et rendre visible les pratiques de la montagne pour le plus grand nombre, le premier mur d'escalade artificiel est né en 1955 (FSGT à la fête de l'Huma). Les premières prises étaient faites de bois et de rocher et c'est au début des années 80 que le fondateur de la société Entre-Prises à créé les premières prises amovibles en pierre puis en résine.

Le matériau le plus utilisé est le polyester (PE), résine liquide qui durcit à la chaleur quand on lui rajoute un catalyseur (souviens-toi de ton cours de chimie), auquel on rajoute du sable pour le grain et de la couleur pour faire joli. La résine polyuréthane est plus récente mais est de plus en plus utilisée car elle absorbe bien les chocs, les déformations et est très légère. Pour les reconnaître sur le mur, il faut faire confiance à votre toucher: les prises en PE ont un aspect dense, dur, froid alors que celles en PU semblent plus légères, d'aspect "plastic". Souvent les macro-prises sont en PU pour être plus facile à manipuler.

Pour fabriquer tout ça, et sans révéler les secrets industriels des géants de la prise, les formes sont d'abord sculptées dans de la mousse. On appelle cela shaper une prise, comme pour les planches de surf. C'est l'instant créatif, et certains shapers sont reconnus, adulés dans le monde entier! A partir de cette forme, un moule en silicone est réalisé, comme pour les jeux en plâtre des enfants. C'est ce moule qui recevra le savant et secret mélange résine/durcisseur/sable/colorant. Les prises subissent ensuite une finition pour être bien plate côté mur, avoir le bon grain et zéro défaut.

 

La Création de la Voie

Il ne reste plus qu'à ouvrir une voie! Avec le développement des salles, "ouvreur de voies" est carrément devenu un métier que certains appellent un "art". Art de créer des mouvements et de transmettre des émotions aux grimpeurs. Pour l'expliquer, les ouvreurs utilisent parfois la métaphore de l'écrivain: une page blanche (le mur), du vocabulaire (les prises), des phrases (les mouvements) et la syntaxe, la ponctuation, la conjugaison...

Le point de départ de la création d'une voie est donc un projet. Une idée naissant de la forme du mur avec ses angles, ses inclinaisons. Ce projet doit bien évidemment correspondre aux attentes des grimpeurs, c'est là où on parle de plan d'ouverture pour faire en sorte qu'une salle dans son ensemble soit attrayante pour son public. Il s'agit d'une phase de réflexion qui peut être longue tant les critères à étudier sont nombreux. On peut prendre un exemple classique à la salle Duo des Cimes: Il manque quelques 6a ou 6b pour les jours d'affluence mais malheureusement, il ne reste que des prises rouges pour le faire... et dans le couloir à ouvrir, il y a déjà une voie orange et une voie rose! On a tous vécu ça en grimpant: "Est-ce que cette prise elle est rouge ou elle est rose?". 

Quand la sélection des prises en fonction du projet est finie, le vissage commence. Une première étape consiste à "tramer la voie" c'est-à-dire créer un brouillon qui sera ajusté par la suite. Parfois l'ouvreur visse les prises en montant, parfois en descendant, parfois il créé des petits morceaux de voies, pour fractionner le travail, et les raboute par la suite. Parfois un ouvreur reste au sol et dicte les mouvements à faire au visseur suspendu à ses cordes. La voie prend forme.

La seconde partie du travail est appelée "calage". Le trait du dessin de la voie est affiné. C'est une étape qui est souvent partagée avec d'autres ouvreurs pour que la voie corresponde fidèlement aux objectifs du projet. Il ne s'agirait pas de laisser un pas de 7a dans notre 6b rouge! C'est parfois difficile pour l'ouvreur qui a ses propres points forts de grimpeur, sa propre morphologie et est très immergé dans le processus créatif. C'est clairement l'étape qui peut demander le plus de temps. Il faut parfois plusieurs runs de calage pour aboutir à un résultat satisfaisant.

Les étapes suivantes, ba c'est du rangement car les ouvreurs en ont mis partout comme les enfants à la crèche et aussi du nettoyage si des voies ont été démontées. Clin d'oeil aux adhérents qui participent au démontage annuel pour la Duo Battle! 

Il reste à mettre la cotation "officielle" sur la voie. On l'a vu dans le précédent article, la cotation d'une voie est un vrai sujet. A Duo des Cimes, l'aspect "social" de la cotation est mis à l'honneur depuis l'année dernière car ce sont les grimpeurs répétant la voie qui proposent leurs cotations pour faire une sorte de moyenne afin de donner la cotation finale. Cette interaction entre ouvreurs et grimpeurs est très enrichissante, surtout dans une salle associative comme la nôtre. Car une voie, même en salle, ça vit!

 

Extenseurs des Doigts

Trop envie de tâter ces prises trop bien shappées dans ces voies magnifiques? Alors un petit rappel anatomique s'impose: ce qui permet de prendre une prise se sont les muscles fléchisseurs des doigts et du poignet. Ce sont des muscles très sollicités dans l'escalade. C'est eux qui nous font mal quand on arrive au relais d'une voie extrême. Bref, on y pense tout le temps aux fléchisseurs. Sauf qu'ils ne sont pas les seuls à faire bouger nos doigts, sinon ils resteraient fermés sur la première prise de la voie et on resterait là bêtement... Le corps humain est bien fait et pour faire l'action inverse, ouvrir les doigts, il y a des muscles spécifiques: les extenseurs. Ce sont les muscles antagonistes des fléchisseurs et il y en a 8, un pour chaque doigt et 3 pour le poignet. 

Si on en parle c'est que ces muscles antagonistes sont souvent déséquilibrés chez le grimpeur qui pratique régulièrement, ce qui aboutit inévitablement à la blessure notamment au coude. Prendre soin de ses extenseurs aura plein d'intérêts: meilleure coordination des mouvements de la main et meilleure stabilité du poignet quand on force, donc une meilleure protection des articulations, bien soutenues musculairement. Et chose extraordinaire qui finira de convaincre le plus suspicieux: l'entraînement des extenseurs augmente la force de préhension! Idéal pour sortir ce bon sang de pas de bloc sans risquer la blessure. C'est une étude de physiologie japonaise de 2011 qui a aboutit à cette conclusion merveilleuse (Ryota Shimose, Atsuhiko Matsunaga & Masuo Muro: Effect of submaximal isometric wrist extension training on grip strength). Plus aucun prétexte ne sera valable pour ne pas vous mettre à ces quelques exercices faciles et peu coûteux en temps:

Il s'agit de réaliser 20 à 30 contractions des extenseurs à raison de 2 secondes d'effort suivi de 2 secondes de repos. Pour mettre en pratique, vous pouvez utiliser des élastiques qui vous empêchent d'ouvrir les doigts et de lever la main ou encore plus simplement mettre la main à plat dos sous une table et pousser vers le haut. Il suffira de faire cet exercice 3 ou 4 fois dans la semaine pendant 6 à 8 semaines pour sentir la différence. Trop facile! Petit conseil: faites les deux mains en même temps pour vous éviter 16 semaines d'entraînement.

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La video à regarder pendant vos 30 contractions

Plus rien de la vie et des moeurs des prises d'escalade ne vous échappe désormais. Vous êtes imprégnés de la poésie de la grimpe. Voici une petite vidéo suggérée par un adhérent assidu et sensible évoquant, outre la nécessité technique de bien poser ses pieds, la bienveillance que nous devrions avoir avec La Prise. C'est ICI.

 

 

Matthieu, pour Duo des Cimes.

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